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L'avion de papier.
Dans un vrombissement, l'escadrille est passée.
Elle a semé, du haut du ciel, la mort aveugle.
Un sifflement aigu. Le projectile explose.
Son souffle fauche tout: maisons, tentes, abris.
Explosion, cris, fracas... Puis, plus rien... le grand calme,
à part le vent qui bruit, le choucas qui tournoie.
Un chien jaune, aboyant au milieu des cadavres,
lèche le sang qui coule à leurs membres épars.
Lui s'appelle Rachid. Ou bien Ali, n'importe.
Les yeux hagards, il erre seul, dans les décombres.
Il déniche un éclat de bombe. Il ne sait pas
que l'engin meurtrier, tombé là par erreur,
provient d'un tir « ami ». Car l'ennemi qu'on vise,
c'est les « Forces du Mal » - hélas, hors de portée!
Ce tir était une « bavure » regrettable:
on a bombardé son village au nom du Bien.
Côté pile: treillis. Côté face: Croix rouge.
Le contingent chargé de l'aide humanitaire
vient en camion jeter des sacs aux survivants.
C'est de médicaments qu'ils ont besoin. Pas de bière,
ni de gomme à mâcher, ni de Coca-Cola.
Ni de « singe » en conserve ou de lait condensé.
Eux n'ouvrent même pas les boîtes. Empilées,
elles font un jeu de massacre. Bien visé!
Nouveau bruit de moteur dans le ciel. Le pilote
répand des tracts sur le village, cette fois.
Personne ici ne les ramasse. Sauf l'enfant.
Il en plie un. En fait un avion de papier:
une arme, s'il en fut, de destruction massive!
Il lance vers le ciel, retourne à l'envoyeur
son prospectus maudit, ce slogan dérisoire,
son message où s'inscrit un seul mot: LIBERTE.
Nota: ce poème s'inspire de faits authentiques. Toute ressemblance avec une quelconque fiction ne pourrait donc être que fortuite.
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